Les origines de la littérature wallonne

Premiers écrits littéraires Wallons

Marie-Guy Boutier

Sonèt lîdjwès â minisse (1622)

 

 

Hubert Ora, Sònè Ligeòi A´ Mìnìs

(« Sonnet liégeois au ministre »), dans F. Louys du Chasteau, Le Chasteau du Moine, opposé à la Babel de Hochedé Nembroth de la Vigne […],

Liège, Christian Ouwerx, 1622, fol. 14r.

La pièce wallonne est précédée par une pièce latine d’un clerc homonyme appartenant au même couvent

(Collection privée).

 

 

Le Sonèt lîdjwès â minisse (« sonnet liégeois au ministre »), contre Daniel Hochedé de la Vigne, pasteur calviniste de Dordrecht, est imprimé parmi les pièces liminaires du Chasteau du Moine de Louis du Château, provincial des Frères mineurs conventuels à Liège. Il s’agit de la première pièce signée, datée avec certitude et conservée en original de la littérature wallonne.


 

Le Salazar liégeois (1632)

 

 

[Anonyme], Le Salazar liégeois, s. l. n. d. [1632] ;

Placard in-f° sur trois colonnes, papier, 250 x 385 mm.

Liège, Bibliothèque générale de Philosophie et Lettres, Recueil Varia 52, pièce 267.

 

 

Le titre de ce texte dialogué de 170 octosyllabes s’explique par le fait qu’il relate, en dialecte liégeois, les exactions du comte de Salazar, chef d’armée espagnol, lors de la Guerre de 80 ans (1568-1648), interrompue lors de la Trève de 12 ans (1609-1621), entre l’Espagne et les Pays-Bas.

Le fait nous est connu par une chronique contemporaine : « Le 6 d’avril 1632, la semaine sainte, le comte de Salazar, espagnol de nation, conduisant quelques troupes de l’armée du Roy [d’Espagne] vers Brabant, passant par la Campine, pays de Liège, près le village de Quatmechelen, y trouvant les paysans en armes de tous les environs, y voulut loger et rafraîchir, ce qu’ils lui refusèrent, ensuite de la sauvegarde de Sa Maj. Imp. ; ce que voyant, il traita avec eux en amiable, qu’au moyen de 130 patacons, il passeroit outre sans les molester, ce qui lui fut accordé et payé. Les ayant reçus, il supplia les dits paysans lui accorder quelque escorte des leurs pour le conduire jusques sur les frontières de Brabant, guères loin de là, afin de pouvoir passer en asseurance parmi les autres villages et paysans qui étoient en armes de tout côté sonnans les cloches, ce qu’ils luy accordèrent ne pensans à aucun mal, et ainsy passa outre. Mais le traître et perfide les tenant en rase campagne, il les fit tous environner par sa cavalerie et mettre bas les armes, puis les fit tous massacrer de sangfroid, jusqu’au nombre de 70 hommes, sans pitié et miséricorde, qui laissèrent environ de 120 orphelins ; puis, les ayant fait tous decoustrer, retourna dans le village qu’il pilla entièrement sans épargner l’église, puis se retira en garnison à Diest. Ne voilà pas un bel acte d’un vrai chrétien, à bon jour les bonnes oeuvres ?

L’Élodje dès vèrtus admirâbes dès êwes di Tongue (1700)

 

 

[Lambert de Ryckman], Eloge de Vertu admirable des aiwe di Tonge, s. l. n. d. [1700] ; placard in-f°en quatre colonnes (La Haye, Koninklijke  Bibliotheek, 295.A.13).

 

L’Élodje dès vèrtus admirâbes dès êwes di Tongue (« Éloge des vertus admirables des eaux de Tongres ») a été considéré comme « la perle de la satire wallonne, d’une verve étourdissante, riche d’images brutales et de violences souvent grossières » (J. Haust, Dictionnaire liégeois, Liège, 1933, p. XVIII).

Cette paskèye de 382 octosyllabes à rimes plates constitue l’écho parodique de la reconnaissance des vertus de la source de Saint-Gilles, près de Tongres, par un collège de trente-deux médecins, publiée elle aussi sous la forme d’un placard (sous le titre : Approbations des docteurs licentiez et médecins assemblés à Tongres, le 24 août 1700, au sujet des eaux ferrugineuses de Tongres, Liège, J.L. de Milst, 1700).

Il s’agissait, pour les tenants de Tongres, de disputer l’exclusivité de vertus médicales « intéressantes » aux sources acides de Spa, dites poûhons, lesquelles attiraient une grande quantité de curistes venus de toute l’Europe.

La pièce, non signée, est attribuée avec certitude à Lambert de Ryckman (1664-1731), membre du Conseil ordinaire de la Principauté de Liège, conseiller de l’Électeur de Trèves, figure importante du monde économique et politique liégeois. L’édition originale n’est conservée qu’en un exemplaire, mais on en possède plusieurs copies manuscrites qui attestent le succès de l’oeuvre.


 

 

Cantâte lîgeoise pò l’ jôu ki noss Prence Châle d’Oultremont enteurr’ â Palâ (1764)

 

 

[Simon de Harlez], Cantâte lîgeoise pò l’ jôu ki noss Prence Châle d’Oultremont enteurr’ â Palâ,

 l’8. d’avri 1764, avou l’Cantâte dè joû diss’ election, li 20. d’avri 1763,

Liège, Bourguignon, s. d. [1764], in-8°, 10 p.

 

 

L’élection à la succession de Jean Théodore de Bavière (décédé le 27 janvier 1763) d’un prince-évêque de souche liégeoise, Charles Nicolas d’Oultremont, contre un candidat étranger soutenu par la France et par l’Autriche, le prince Clément Wenceslas de Saxe, fils de Frédéric Auguste, roi de Pologne, fait figure de « réaction nationale » après le « règne déplorable » de Jean Théodore de Bavière (Harsin).

Le 20 avril 1763, trente-et-un chanoines de la Cathédrale se prononçaient en faveur du candidat « éburon », dix-neuf en faveur du prince saxon. L’élection déclarée irrégulière, l’affaire fut portée en cour de Rome. Ce n’est que huit mois plus tard, le 20 décembre 1763, que Rome confirma l’élection.

 

 

Lès Ipocondes (1758)

 

 

Les Ypoconte, opera burless, es treuz Act avou des gran Koeur, mettou es musik par Mr Hamal, Liège, S. Bourguignon, 1758, in-8°, 16 p.

 

Lès Ipocondes (« les hypocondriaques ») appartient à un ensemble de quatre opéras burlesques en dialecte liégeois, créés à l’hôtel de ville de Liège entre janvier 1757 et février 1758 : Li Voyèdje di Tchôfontainne (« le voyage de Chaudfontaine »), Li Lîdjwès ègadjî (« le Liégeois enrôlé »), Li fièsse di Hoûte-si-plout (« la fête de Houte-siplout », village près d’Esneux) et Lès Ipocondes. Ces quatre pièces, « feu d’artifice » de l’opéra-comique liégeois au XVIIIe siècle (v. présentation ci-dessus), seront d’abord éditées séparément au moment de leur création, puis rassemblées sous le titre commun de Theâte ligeoi (Bruxelles- Liège, Lemarié, 1783), recueil dont les rééditions nombreuses attestent le succès.